C’est un fait. Les évènements comme South by Southwest (SXSW) et Coachella sont souvent critiqués et étiquetés comme étant branchés, élitistes et  peu avant-gardistes (sérieusement, est ce qu’on a encore besoin d’une autre conversation sans fin pour savoir si la musique doit être gratuite ou non ?)

Au final, ce n’est pas très grave. Ces évènements sont plus qu’une rencontre de ‘gens importants’ de l’industrie musicale et de la tech.  De temps en temps on peut assister à de très bons concerts (c’est ce qui compte non ?) tout en découvrant la prochaine grande innovation technologique.

C’est un fait. De l’autre côté du spectre du ‘tendance’, une fois par an en avril, on retrouve une convention beaucoup plus intimiste, qui se tient secrètement au Zimbabwe, oui, ce pays qui ne figure pas encore dans la liste des ‘hipsters’ au niveau de la musique et des technologies. Vous avez dit où déjà?

HiFA, le Festival International des Arts d’Harare consiste en une semaine entière d’explosion artistique qui essaie de recentrer les priorités de l’industrie culturelle vers plus de créativité, vers de nouvelles formes d’engagement avec le public  et qui propose plusieurs expériences interculturelles (certaines assez intrigantes, comme Ubuntu meets Aloha, mais bon, passons !)
HiFA a été, à juste titre, classé dans la liste des 10 festivals les plus intéressants au monde, par CNN. Le seul problème ? Il n’y a peut-être qu’une cinquantaine de personnes au monde qui connaissent ce festival.

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Cette année, plusieurs intellectuels et acteurs  influents au niveau international et régional dans le milieu de la tech et de la musique  se sont rencontrés dans un contexte socio-économique difficile. Ils ont discuté des difficultés et opportunités que rencontrent les acteurs, les institutions et les professionnels du secteur de la musique et de la tech, un écosystème compétitif et en évolution constante.

Proposé pour la première fois par le Programme de développement de la Musique en l’Afrique, la Conférence Impact Music a intelligemment intégré des discussions, des ateliers, des présentations et  des compétitions sur deux jours, dans un cadre chaleureux et intimiste avec une touche de  « TED rencontre Faubourg Tremé». Dans notre culture, on appelle ça un brillant indaba.

Pendant que les équipes de Spinlet et de la startup SoundsGood présentaient leurs services de découverte musicale en ligne, le rappeur ghanéen de renom, M.anifest, et l’écrivain gourou de Twitter Tehn Diamond ont partagé leurs visions à propos des nouvelles formes d’engagement en ligne avec les fans – discussion inspirante menée par Virginie Berger, fondatrice de Don’t Believe The Hype (‘oui’ était le début de son dernier jam). Yoel Kenan, fondateur de Africori, une entreprise leader dans la musique numérique, a quant à lui, abordé le thème de  la distribution digitale, de la monétisation et des licences de synchronisation – sujets cruciaux et d’actualité

Teju Ajani, en charge des partenariats stratégiques de YouTube en Afrique sub-saharienne nous a inspirés lors d’un atelier de création de contenu – Google Hangout comme un moyen de créer des connexions organiques avec les utilisateurs. C’est précisément à ce moment-là que j’ai eu une illumination (suis-je le seul à avoir ces ‘aha moments’ à 14 h, quand mon cerveau commence enfin à travailler grâce au quatrième muffin au thé vert ?).

Pour l’Afrique, le développement de l’industrie musicale ne se résume pas simplement au ‘développement de la technologie’, comme l’aurait dit Ed Bronfman. Ici, la croissance de ce secteur se mêle aux parcours personnels des esprits créatifs dans lesquels l’audience peut totalement se retrouver. Mon point de vue : il faut fournir aux artistes locaux des outils natifs afin qu’ils exploitent leur talent  et ils vous surprendront par leur courage, leur intelligence, leur sensibilité, leur responsabilité et leur succès.

Quand John Wesley avait écrit ‘Fais tout le bien que tu peux, par tous les moyens que tu peux, de toutes les manières que tu peux, dans tous les endroits que tu peux, à chaque moment que tu peux, aussi longtemps que tu peux.’ N’avait-il pas prédit le brillant contenu numérique de Phiona Okumu et commencé à promouvoir les communautés créatives  africaines ?!

Fast Forward. Je lisais le Time 100 pendant mon vol vers le Kenya et j’ai été amusé de voir qu’une des prétendues 100 personnes les plus influentes du monde avait déclaré ‘Ça serait génial qu’on arrive à avoir un plus grand nombre de personnes qui puissent vivre mes concerts de manière virtuelle. C’est vraiment quelque chose que j’attends avec impatience.’ Miley Cyrus, qui a été reprise deux fois dans la liste, a littéralement reconnu publiquement qu’elle  n’avait aucune idée de ce qu’il se passe dans le monde. C’est aussi drôle que déplorable, mais j’imagine que certains artistes ont une réalité virtuelle qui leur est propre…

En tant que tech-panafricaniste, j’ai une envie forte d’écrire une lettre aux rédacteurs du Time, en leur suggérant de passer un peu de temps en Afrique. Sérieusement, c’est ici que ça se passe et maintenant, comment pouvez-vous l’ignorer ? Encore un autre domaine dans lequel l’Afrique est en avance, sans pour autant être reconnue. Alors que nous sommes arrivés  à un moment où les artistes africains sont en train de développer leurs œuvres en intégrant les feedbacks de leurs fans (crowd-crafting) et d’expérimenter d’autres outils créatifs de promotion et de marketing culturel, c’est vraiment dommage.

Et ce n’est pas tout. Chimamanda Adicihie et Chris Ofili dans le même classement que Taylor Swift et Tim McGraw… Je me suis dit que je devais avoir un sens de l’humour assez limite…. Finalement, j’ai dû mettre de côté le magazine quand je me suis rendu compte que Marine Le Pen (nationaliste française qui est sur le point d’être reniée par son père) était reprise dans le classement, quelque part entre Jeb Bush (activiste américain du ‘Right to Rise’ dont le père et le frère  ont été leader du ‘Monde Libre’) et Abubakar Shekau (le CEO et leader de la plus horrible startup du monde)

Stop. J’ai changé d’avis, je ne pense pas vouloir voir le précieux HiFA Festival envahi par des happy-few de la musique  l’année prochaine. Je préférais voir la conférence Impact Music se dérouler dans un festival africain plutôt qu’à Coachella (ella, ella, ella, hey hey…)

Des suggestions de lieu pour 2016 ?

Envoyez-moi vos idées !

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Written by Stéphane Eboko
Stephane Eboko is a French-Cameroonian entrepreneur, impact investor, startup advisor and lecturer focused on “African Markets“. He has been almost exclusively involved at the intersect of economic development, entrepreneurship and innovation in emerging economies. Based in Nairobi, Kenya, he is an advisor to several organizations in business strategy, revenue generation, growth strategies and cross-sectorial alliances. Through Mozilla Firefox Africa OS Blog, his intention is to showcase the most exciting African ventures and projects in the space of technology, innovation and entrepreneurship, with a people-centered approach.